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Le prof. Roger Raynal du collège&lycée de Toulouse (France), s'appuyant extensivement sur ma théorie de la dynamique du progrès scientifique (exposée dans Le Secret de l'Occident (2007, 2008)), dans son e-book publié sur iTunes en février 2014. (raccourci).
(Roger Raynal: Éléments d'histoire des sciences, livre électronique (eBook) gratuit, 20 février 2014, 295 pages)

Copie de sûreté du document internet: octobre 2014. Source. Document pdf.
Théorie du miracle européen

Cosandey



[note du webmestre: nous reproduisons ci-dessous quelques extraits du e-book, en complétant les informations manquantes dans les citations:]




Des ombres sur les sciences  (p.23/295)

« Aucun savant ne peut bâtir l'édifice entier de la science à lui tout seul : il faut que chaque contribution se conserve afin que d'autres, ailleurs ou plus tard, puissent continuer la tâche entamée. L'extinction de l'algèbre supérieure chinoise, au XIVe siècle, montre ce qui arrive lorsqu'une civilisation perd ses courroies de transmission du savoir. »

D. Cosandey [note du webmestre: Le Secret de l'Occident, Vers une théorie générale du progrès scientifique (2007), p.204.) ]


(...)




Pourquoi la Grèce ?  (p.30/295)


Thalassa ! Thalassa !


Il y eut de nombreux peuples de marins, mais le monde grec de l’Antiquité présentait plusieurs particularités, que D. Cosandey a bien mises en relief dans son volumineux ouvrage. [note du webmestre: Le Secret de l'Occident, Vers une théorie générale du progrès scientifique (2007), chapitre 7: "Le secret de la Grèce", p.583-654.]

Pour la première fois, on y a trouvé réunis:

• une division politique relativement stable en cités états se faisant concurrence, et dotées d’institutions politiques variées.

• Un essor économique certain, nécessitant des voyages, et donc la nécessité de mesures pour établir les routes maritimes, construire les navires, bref se représenter ce qui n’est pas immédiatement accessible. Et, comme le dit M. Serres, « mesurer l’inaccessible consiste à le reproduire », ce qui conduit, par exemple, au développement de la géométrie.

Les deux éléments précédents sont reliés à une géographie particulière, liée à un littoral découpé et à de nombreuses îles, favorisant à la fois le commerce, les déplacements par voie maritime et un relatif isolement politique permettant une certaine stabilité et générant une concurrence entre cités. Cette division politique « stable » et l’essor économique fondé sur une « thalassographie articulée » (une forte interpénétration des côtes et des rivages) sont les éléments qui assureraient le boom scientifique et technique.

Pline lui-même le faisait remarquer: « les Grecs ont effectué bien plus de travaux scientifiques de qualité dans leur pays secoué par des discordes intérieures que les Romains, dans leur empire paisible où la science a décliné sous le règne de l’utile et du profit ».

Afin d’illustrer à la fois la pertinence de cette approche et les dangers qui ont toujours pesé (et pèsent encore) sur l’activité scientifique, il est utile d’observer comment l’activité scientifique exceptionnelle de la Chine ancienne a « brutalement » avorté sans donner lieu à une « renaissance asiatique ».

Le contre-exemple chinois (p.31/295)
[note du webmestre: Le Secret de l'Occident, Vers une théorie générale du progrès scientifique (2007), chapitre 5: "Les mécanismes de l’évolution scientifique en Chine", p.409-486.]

Alors même que s’élevaient, en Grèce, les blanches colonnes symbolisant les fondements de notre civilisation, un édifice intellectuel tout aussi remarquable était en train de s’édifier à quelques milliers de km vers l’orient, dans l’est de la Chine actuelle.

L’Antiquité européenne correspond en Chine à une période de l’histoire subdivisée en "printemps et automne" et en "royaumes combattants", périodes pendant lesquelles plusieurs royaumes indépendants se livraient à des guerres fréquentes, et qui ont été extrêmement fécondes, tant sur le plan philosophique que scientifique.

De nombreuses écoles philosophiques (d’où leur nom « les cent écoles ») se développent, et des philosophes comme Confucius, le plus connu, mais aussi et surtout Mo Tseu (aussi orthographié Mozi), rédigent leurs œuvres. Confucius deviendra le philosophe officiel de l’empire, mais son enseignement n’est que fort peu enclin à l’exploration scientifique. Ce n’est pas le cas du mohisme, doctrine de Mo Tseu, qui lui est contemporain et qui s’est révélé scientifiquement bien plus féconde.

La philosophie Mohiste étudie et catégorise les diverses formes d’argumentation, valorisant la précision et la rigueur du discours (rappelons que le fameux logos grec, c’est aussi le « discours rigoureux ») jetant les bases d’une étude du raisonnement scientifique qui, hélas, ne sera jamais entreprise (Weiwei Guo).

Les disciples de Mozi envisagent ainsi la mobilité de la Terre, la décomposition de la matière en petits éléments insécables et enseignent que tout mouvement est causé par une force. La circulation du sang, et la transformation des espèces sont, en biologie, des opinions alors courantes. L’avance prise alors sur le monde occidental est de près de dix siècles voire plus (ou, plus exactement, on devrait plutôt dire que le retard occidental sur les royaumes Chinois sera de 1000 ans...).

Au niveau technique, l’étude de l’irrigation, des voies navigables, est mise à l’honneur. Avec 11 siècles d’avance sur l’Europe (ou plutôt, l’Europe, avec 11  siècles de retard...) les chevaux reçoivent un harnais de poitrail. Des navires de haute mer sont construits, la boussole est connue, même si elle n’est pas encore utilisée pour la navigation, l’arbalète et le trébuchet sont d’un usage courant.

Cette effervescence intellectuelle ne va toutefois pas survivre au Premier Empire, à la première unification de la Chine. En effet, les idées de Mozi étaient soutenues par une organisation militante puissante, et elles avaient alors un rayonnement supérieur, en particulier chez les commerçants et les artisans, a celui des conceptions aristocratiques de Confucius. L’organisation survécut à la mort de Mozi, mais son importance et sa discipline quasi militaire signèrent son arrêt de mort: le nouveau gouvernement impérial ne pouvait tolérer une organisation potentiellement dangereuse : le support populaire du Mohisme fut réduit par la répression impériale exercée à l’encontre du commerce, de l’artisanat et de la petite paysannerie; et cette école de pensée va s’étioler puis disparaitre vers –200, en partie aussi parce qu’un de ses objectifs, la fin des guerres incessantes entre les royaumes rivaux, est atteint par l’unification du pays. Mais à quel prix ! En  213, l’empereur fait brûler la majorité des livres (prévoyant, il épargne du feu les traités de médecine...) et impose la philosophie de Confucius.

La physique Mohiste, avec ses atomes et ses forces, s’éteint. Peu de choses subsistent des connaissances du passé, en particulier au niveau mathématique. Cette lente dégradation ne se produit pas sans résurgences d’une activité scientifique brillante. Ainsi, vers –100, l’origine biologique des fossiles est envisagée, ce qui ne sera le cas en Europe que... 15 siècles plus tard; et en 180 environ, le médecin Hua Tao réalise des interventions chirurgicales abdominales en utilisant un anesthésiant de son invention.

Toutefois, contre la tendance générale à l’appauvrissement intellectuel, un scientifique exceptionnel va illuminer cette époque de marasme intellectuel. Il s’agit de Zhang Heng (78-139). Ce dernier, homme de lettres et de sciences d’une exceptionnelle fécondité et d’un grand talent, fut à l’origine de progrès notables dans de nombreux domaines, de l’astronomie à la géologie en passant par les mathématiques. On lui doit, entre autres, la construction du premier sismomètre. C’est à son époque, avec cette fois quelques siècles de retard sur Héraclide et Pline, que l’idée que la Lune est à l’origine des marées se répand.

On pourrait définir Léonard de Vinci comme le Zhang Heng européen, si Léonard avait été auteur plutôt que peintre, et avait rayonné 13 siècles plus tôt...

Au début du moyen âge européen, une nouvelle période de division politique du pays va de nouveau créer les conditions propices a une reprise de l’activité scientifique, sur le fond philosophique de l’essor du bouddhisme: la méthode expérimentale est théorisée vers 1050 par Cheng Ming Dao et Cheng Yi Zen, alors que depuis un siècle sont connues les techniques aussi avancées que les lentilles optiques et leurs distorsions, la poudre à canon, la propulsion marine par roue à aubes ou le papier monnaie. À la même époque, Bi Sheng inventera l’imprimerie. Plusieurs siècles auparavant; la découverte et l’identification de pins fossilisés, puis, vers l’an 600, de poissons fossiles permet au 11e et 12e siècles à des scientifiques comme Shen Gua et Zu Xhi non seulement d’identifier clairement l’origine biologique des fossiles, mais aussi de cheminer vers l’idée de l’évolution des organismes, ce qui est intellectuellement facilité par la philosophie bouddhiste. Malgré son avance technique et scientifique, la civilisation chinoise voit une nouvelle fois son essor scientifique coupé par une nouvelle unification du pays, dont l’économie se dégrade. C’est l’arriération Ming : un état sans rival identifié se désintéresse du monde extérieur, et s’attache principalement à se perpétuer en faisant la chasse aux innovations perçues comme dangereuses, se limitant ainsi à un utilitarisme étroit.

Ainsi, entre 1280 et 1550 la réflexion astronomique s’étiole, l’algèbre va entièrement disparaître, les travaux antérieurs étant oubliés. Les autres sciences se figent. Il y a non seulement un arrêt brutal des sciences, mais aussi une régression des techniques. L’enseignement se sclérose, les académies privées et l’enseignement libre disparaissent. Il y a stagnation intellectuelle. Alors que la caste marchande est réprimée, la liberté individuelle s’éteint. Les individus les plus brillants, recrutés en tant que mandarins, se voient fonctionnarisés et coupés de ce qui reste du monde des sciences, qui sont totalement absentes des programmes d’études conduisant aux plus hautes fonctions. Comme le note Needham (p. 236): « Les lettrés confucéens sont, pour la plupart, imprégnés d’un profond dédain pour la recherche et la pratique scientifiques, pour ces «activités interventionnistes» dans le monde de la nature ».

p.36/295: Le mandarinat devenant l’expression de l´excellence et drainant les individus les plus intelligents, l’économie périclite, la science s’arrête. L’exemple chinois nous offre par deux fois une illustration des périls qui menacent l’activité scientifique. Comme le résume Cosandey (481): [note du webmestre: Le Secret de l'Occident, Vers une théorie générale du progrès scientifique (2007), p.481.] « les efforts persévérants de la population conduisent lentement à la liberté et à la richesse, et donc à l’émergence de la pensée créative. L’état universel brise alors le mouvement pour défendre ses propres intérêts, et la Chine s’immobilise. »


[note du webmestre: la situation a changé à l'époque actuelle de par l'avance (réalisée par le monde occidental) des technologies dans le transport, la communication et l'armement: la Chine ne forme plus un "système isolé". Elle se retrouve en interaction intense avec les autres régions du monde. Elle peut donc aujourd'hui demeurer unifiée sans plus stagner, en formant l'un des Etats du nouveau sytème d'Etats mondial. A l'intérieur de ce système d'Etats mondial, aussi longtemps que l'essor économique et la stabilité des frontières se maintiendra, l'avance des sciences et des techniques sera assurée.]

(...)





Bibliographie sommaire (p.279/295)

Pour écrire ce petit livret, j’ai lu bien des livres et consulté bien des sites, notés dans le texte. Voici simplement ceux qui m’on semblé les plus importants:

Adam Hart Davis : Science : The Definitive Visual Guide - DK, 2011
Annales manuscrites de l’Hotel de Ville de Toulouse, 1619, T. VI, fol. 13-14.
Bachelard G. Le nouvel esprit scientifique - Vrin, 1975
C D de Witt - histoire du développement de la biologie (3 tomes). Presses universitaires romandes, 1993
Canguilhem G. « Modèles et analogies dans la découverte en biologie - Etude d’histoires des sciences, Paris, Vrin, 1975
Chieng A - La pratique de la Chine en compagnie de François
Jullien , Poche, 2007
Cosandey D - Le secret de l’occident. Ed Flammarion, coll. Champs, 2007
Crick F. Une vie a découvrir. Odile Jacob, 1989
Hendrik Cornelius Dirk de Wit. Histoire du développement de la biologie - Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR), 1993, vol 1 & 2.
Greenfield S, Singh S., Tallack P : L’aventure des sciences - EDDL
Hasnaoui A. Pythagore. Un dieu parmi les hommes, Ed. les belles lettres, 2007
Heisenberg W. Le manuscrit de 1942. Allia, 2003
Jacob F. La statue intérieure. Folio, 1990
Jacob F. La logique du vivant. Gallimard, 1976
Koyré A. Du monde clos à l’univers infini, Gallimard, ed. 2009.





Créé: 26 oct 2014 – Derniers changements: 01 mar 2015