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Une citation tirée de la préface mon livre Le Secret de l'Occident (2007), par le physicien Etienne Klein, dans un interview paru dans La Tribune en janvier 2011 (raccourci).
(La Tribune, "Science et technologie sont devenues le moteur principal de toutes les formes de puissance", 03 janvier 2011; interview du physicien Etienne Klein).

Autres articles du même auteur sur ce site:
–Etienne Klein:  Article 1 "Y a-t-il eu des Galilées indiens?", La Vie des Idées   (fév 2008)
–Etienne Klein:  Article 2 "Allons-nous liquider la science?", L'Agitateur d'Idées   (oct 2008)
–Etienne Klein:  Article 3 "Science et ontologie animique", débat à l'ENS Paris   (déc 2009)
–Etienne Klein:  Article 4 Interview dans La Tribune   (jan 2011)

Copie de sûreté de la version internet: avril 2011. Source.
Théorie du miracle européen
Cosandey






ÉTIENNE KLEIN, DIRECTEUR DU LABORATOIRE DE RECHERCHE SUR LES SCIENCES DE LA MATIÈRE DU CÉA
Etienne Klein : "Science et technologie sont devenues le moteur principal de toutes les formes de puissance"

Source : La Tribune.fr - 03/01/2011 | 06:45 - 2673 mots |

Ce lundi, La Tribune publie un grand entretien exclusif avec Etienne Klein. Ce physicien dirige le laboratoire de recherche sur les sciences de la matière du CEA (Commissariat à l'énergie atomique), à Saclay. Il dresse une analyse presque philosophique de notre rapport à la science, qui interroge l'homme alors que cette décennie sera dominée par les avancées technologiques.

Dans une époque où les technologies sont omniprésentes, est-ce que nous nous dirigeons vers un monde dominé par les sciences ?

Dans le monde occidental, celui où la science dite moderne est apparue avec Galilée, la réponse à votre question ne peut être qu'ambivalente, parce que nous sommes à la croisée de chemins. D'un côté, j'ai envie de vous dire : oui, la science nous domine, car en tant qu'idéalité elle constitue le fondement officiel de notre société, censé remplacer l'ancien socle religieux. Je ne veux pas dire par là que nous serions gouvernés par la science - si c'était le cas, cela se verrait dans la composition du gouvernement... - mais que nous sommes gouvernés par quelque chose qui a à voir avec la science. C'est ainsi que, dans toutes les sphères de notre vie, nous nous trouvons désormais soumis à une multitude d'évaluations, lesquelles ne sont pas prononcées par des prédicateurs religieux ou des idéologues illuminés : elles se présentent désormais comme de simples jugements d'«experts», c'est-à-dire sont censées être effectuées au nom de savoirs et de compétences de type scientifique.

Regardez ce qui est écrit sur les paquets de cigarettes : si, au XVIIIe siècle, on avait voulu lancer une campagne antitabac, on n'aurait pas mis «fumer tue» mais «fumer compromet le salut de votre âme» ou «fumer déplaît à Dieu» ! Le salut de l'âme, objet par excellence du discours théologique, s'est donc peu à peu effacé au profit de la santé du corps qui, elle, est l'objet de préoccupations scientifiques. Mais dans le même temps - et c'est ce qui fait toute l'ambiguïté de la situation -, la science, dans sa réalité pratique, est chez nous questionnée comme jamais, contestée, remise en cause, voire marginalisée.

La désaffection des étudiants pour les sciences en est-elle une illustration ?

Certainement. Dans presque tous les pays développés, les étudiants s'engagent de moins en moins dans les études scientifiques. En 2005, l'OCDE a publié un rapport sur le sujet qui montre que la décroissance est à peu près partout la même : il s'agit donc d'une tendance massive. Cela étant dit, je ne suis pas certain que le mot «désaffection» soit celui qui convienne le mieux, car s'agit-il vraiment d'une affaire d'affect ? Je n'ai pas l'impression que mes étudiants s'intéressent moins à la science que ceux d'il y a vingt ans, ni qu'ils l'aiment moins. Simplement, ils s'y engagent moins volontiers. Mais je note que cette tendance ne s'observe nullement dans des pays comme l'Inde ou la Chine, bien au contraire : l'Inde et la Chine forment chaque année un nombre considérable et croissant d'ingénieurs et de chercheurs.

Est-ce à dire que l'on assiste à un basculement de l'intérêt pour la science de l'Occident vers l'Orient ?

[Commentaire: Etienne Klein aurait pu trouver la réponse complète et circonstanciée à cette question dans Le Secret de l'Occident. Oui un basculement est en train de se produire. Oui, parce que les deux conditions nécessaires et suffisantes du progrès scientifique sont désormais plus présentes en Asie orientale qu'en Occident: à savoir l'essor économique (bien plus fort en Corée, Chine, à Taïwan, Japon, Inde qu'en Europe de l'Ouest ou Amérique du Nord depuis des décennies) et la division politique stable (les tensions inter-étatiques étant plus fortes en Extrême-Orient). Un transfert de civilisation à civilisation de la science est en train de se produire – lentement (ce genre de phénomènes ne se fait pas en un jour), mais sûrement.]
Le mot basculement me paraît trop fort, mais l'Asie connaît effectivement un développement scientifique spectaculaire. Au cours des siècles précédents, les sciences et les techniques avaient progressé bien davantage en Europe occidentale, qui a engendré les révolutions scientifiques et industrielles, qu'au Moyen-Orient, en Inde et en Chine. L'historien David Cosandey l'a dit joliment : "Le monde a longtemps appartenu à ceux qui se lèvent Occidentaux." [Commentaire: Ce joli aphorisme est en fait tiré de la préface du Secret de l'Occident (2007, 2008) de Christophe Brun, qui l'avait lui-même repris d'un article de Bernard Thomas paru dans le Canard Enchaîné – comme il me l'a aimablement révélé.] Cet aphorisme a bien sûr perdu de sa vérité, mais cela ne veut pas dire que l'Europe n'ait pas de cartes en main. L'Europe a inventé et promu une façon de faire de la recherche qui mettait en avant la valeur de la connaissance pour elle-même. En vertu de cette "éthique de la connaissance", on considérait que toute découverte est intrinsèquement valeureuse, qu'elle ne saurait donc valoir uniquement par les profits qu'elle permettrait d'engranger.

Mais là aussi, les choses changent : la science et la technologie sont devenues le moteur principal de toutes les formes de puissance, et ce mouvement de fond modifie en profondeur l'exercice et les finalités de l'activité scientifique. Désormais, il s'agit soit de montrer que les recherches menées conduiront à des résultats utiles, soit de promettre que ceux-ci pourront l'être un jour. Ainsi s'installe peu à peu, au sein même de l'Europe, l'idée que la valeur d'une connaissance nouvellement acquise se mesure à l'aune de ses éventuelles retombées concrètes.

Est-ce que cela signifie que nous ne sommes pas une véritable société de la connaissance?

Nous prétendons vivre dans une "société de la connaissance", mais il serait certainement plus juste de dire que vous vivons dans une société de l’usage de technologies : nous utilisons avec aisance les appareils issus des nouvelles technologies mais sans bien savoir les principes scientifiques dont elles découlent. On pourrait même dire des nouvelles technologies que, par leur facilité d’usage, elles sont devenues les produits dérivés, mais masquants, de la science : un enfant de cinq ans les manipule aussi aisément qu’un ingénieur professionnel. Je me demande d’ailleurs si ce ne serait pas notre besoin compulsif de produits "innovants" qui viendrait ronger notre appétit de savoir, par un effet quasi-mécanique : dès lors que nous réclamons de l’utile, que nous exigeons que tout "serve", ce que la recherche a permis et permet de découvrir sur le monde nous intéresse moins que ce qui découle d’elle ou ce qu’elle permet de faire.

Rien d’étonnant à ce que, dans un terreau pareil, la science soit l’objet d’une méconnaissance effective. Mais il ne sert à rien d’accuser le contexte. Il fait aussi reconnaître que nous, les scientifiques, nous avons un problème de transmission, de pédagogie, et que nous devrions mettre en question notre façon de parler de ce que nous savons. J’observe d’ailleurs que sur les sujets vraiment chauds de la science et de la technologie - la cosmologie, l’origine de l’univers, le changement climatique, les nanosciences -, nous sommes médiatiquement débordés par des discours plus simples que les nôtres qui remportent un grand succès auprès du public. Eh oui, la science est elle aussi victime d’une sorte de populisme racoleur… Avec nos explications laborieuses, nos arguments compliqués, nous ne parvenons pas à nous faire entendre dans un climat qui préfère les demi-vérités simples aux vérités complexes.

Par exemple, il est impossible de traduire le langage de la physique directement dans le langage ordinaire, car sa langue naturelle est une sorte de chinois mathématique. Or, comme le disait Lacan, "tout le monde n’a pas le bonheur de parler chinois dans sa propre langue"… Cela n’empêche pas que la physique demeure partageable, mais cela exige un effort d’un type très particulier, une opération rigoureuse de traduction qui la projette hors d’elle-même. Les énoncés de la physique n’étant pas d’emblée dans le langage, si l’on veut les transformer en mots intelligibles, il faut effectuer un saut. Il faudrait même inventer une troisième langue, une langue à la fois médiatrice et marginale qui soit capable de porter ce qui différencie la physique de la langue commune. S’ajoute à cette difficulté le fait que le temps médiatique est de plus en plus comprimé. Presque n’importe qui comprendra la théorie de la relativité restreinte si on prend le temps de lui explique posément en deux ou trois heures. Mais si l’on ne se donne que deux minutes, cela n’a plus guère de sens…

Diriez-vous que la science est également l’objet de critiques philosophiques ?

Oui. Philosophiques et politiques. Il suffit d’écouter et de voir : d’aucuns reprochent à la science de conduire à un arraisonnement abusif de la nature ; d’autres proclament qu’elle est devenue l’instance directement responsable de la plupart des dérives du monde actuel, qu’elles soient économiques, idéologiques, écologiques, sociales ou autres. Mais la critique philosophique qui me semble la plus pernicieuse est celle qui réduit la science à une simple "construction sociale", ayant avec la vérité un lien qui ne serait ni plus fort ni moins fort que celui des autres démarches de connaissance. Tel est le propos des thèses relativistes les plus radicales qui, à mesure qu’elles se diffusent dans notre culture "post-moderne", même sous une forme diluée, créent un climat intellectuel peu propice à l’analyse rigoureuse des faits et laissent la voie libre aux raisonnements les plus brumeux et aux thèses les plus fausses. D’autant qu’elles légitiment implicitement une forme de paresse intellectuelle et procure même une sorte de soulagement : dès lors que la science produit des discours qui n’ont pas plus de véracité que les autres, pourquoi faudrait-il s’échiner à vouloir les comprendre, à se les approprier ? Il fait beau. N’a-t-on pas mieux à faire qu’apprendre sérieusement la physique, la biologie ou les statistiques ?

Nous ne croyons plus au progrès ?

Si, sans doute, mais avec moins d’enthousiasme et moins de naïveté. Depuis qu’il a exhibé ses produits de vidange et ses effets pervers, le concept de progrès a à l’évidence perdu de son aura. On en parle d’ailleurs comme on parle du Tour de France : le progrès, "c’était mieux avant". Comme si la réalité des avancées scientifiques et techniques accomplies en quelques siècles ne nous suffisait plus : nous demandons au progrès de nous fournir des preuves de son existence à un niveau plus global. Car au lieu de se montrer de façon douce en chaque point du réseau, les progrès surgissent de façon fulgurante en quelques points particuliers. Et surtout, contrairement à ce que nous avions espéré, la science n’a pas fait taire le malheur ni réduit l’injustice. Le progrès n’est donc pas un soulagement : un sentiment de manque est toujours là, quelque chose semble même s’aggraver, mais nous ne savons pas bien quoi.

L’idée de progrès se mourrait-elle, là, sous nos yeux ? A cette seule éventualité, nous sommes pris de vertige et angoissés plus encore, car nous ne sommes pas des tarzans : nous pourrions à la rigueur accepter de retourner à la nature brute, mais à la condition expresse de pouvoir emporter des vêtements synthétiques, une carte de crédit, un Iphone et un sac à dos rempli d’antibiotiques. Ainsi s’exprime l’ambivalence de notre rapport au progrès : nous prétendons ne plus y croire, mais en réalité nous tenons encore à lui farouchement, même si ce n’est plus que de façon négative, c’est-à-dire en proportion de l’effroi que nous inspire l’idée qu’il puisse s’interrompre.

Mais je vois dans cette ambivalence le symptôme d’autre chose : le projet scientifique n’apparaît plus enchâssé dans un projet de civilisation. Aux yeux des pères fondateurs de l’idée de progrès, il devait y avoir une sorte d’embrayage automatique entre toutes les formes de progrès, scientifique, technique, matériel, social, politique, moral. Or nous constatons que l’embrayage, s’il tant est qu’il existe, n’a rien d’automatique… Cela nous oblige à repenser l’idée de progrès, à lui redonner collectivement un sens, au deux sens du terme : il faut d’une part le redéfinir, d’autre part l’associer à une direction explicite, qui soit si possible désirable.

Les nanotechnologies sur lesquelles vous avez travaillé ont justement été associées à un nouveau projet de civilisation ?

En effet, en 2002, deux scientifiques, Mihaïl Roco et William Bainbridge, ont rédigé un rapport destiné aux décideurs politiques, très enthousiaste à propos des nanosciences qu’ils présentent comme une "révolution pour notre civilisation" et déclinent en de multiples promesses tout à fait mirobolantes : les nanosciences permettront, je cite, "une compréhension exhaustive de la structure et du comportement de la matière depuis l’échelle nanométrique jusqu’au système le plus complexe découvert à ce jour, le cerveau humain", et elles auront la capacité "d’unifier les sciences et les techniques, d’assurer le bien-être matériel et spirituel universel, l’interaction pacifique et mutuellement profitable entre les humains et les machines intelligentes, la disparition complète des obstacles à la communication généralisée, en particulier ceux qui résultent de la diversité des langues, l’accès à des sources d’énergie inépuisables ou encore la fin des soucis liés à la dégradation de l’environnement".

En bref, ils nous promettent comme étant certains une connaissance vraie et définitive de l’univers, le bonheur à jamais, la paix dans le monde et l’harmonie entre les hommes. Vous pouvez compter, il ne manque rien, c’est donc le Salut avec un grand S. Ce plaidoyer a beau être parfaitement ridicule, il a joué un rôle très important dans la promotion institutionnelle et symbolique des nanosciences. Mais en les associant ainsi à un projet métaphysique grandiloquent, en les rivant à un horizon trop exagérément prometteur, Rocco et Bainbridge ont sans doute construit le piège dans lequel les nanosciences se trouvent prises, puisqu’on les met désormais sous le feu intense de questions qui les dépassent largement : comment bien vivre ensemble dans un monde profondément modifié par la technique, comme arraché à la nature ?

Voulons-nous demeurer dans la condition humaine, avec les caractères que la nature semble lui avoir fixés ? Ou avons-nous envie de transgresser ses limites actuelles, de lui échapper autant que faire se peut, engendrer à n’importe quel âge, résister à tous les virus, vivre "éternellement" jeunes, avec des capacités cérébrales augmentées grâce à l’implantation de toutes sortes d’artefacts dans le cerveau ? Par les perspectives qu’elles ouvrent, par les bouleversements qu’elles rendent envisageables, les nanotechnologies s’arriment à la question des valeurs, que celles-ci soient morales ou spirituelles. Elles interrogent également l’idée que l’on se fait de la société, de ce qu’elle devrait être ou ne devrait jamais devenir.

Est-ce que cela signifie que nos valeurs sont compromises ou liquidées par les progrès techniques ?

Certains le pensent, non sans arguments. Pour ma part, j’ai l’impression que les valeurs tenues pour les plus universelles n’évoluent pas si vite qu’on le croit. Elles sont plutôt plastiques et résistantes. Le malentendu, à cet égard, provient sans doute de ce que nous avons tendance à confondre ces valeurs avec le sens qu’elles ont pris dans les contraintes qui ont jusqu’ici pesé sur nos conditions d’existence. Chaque fois que la science nous a permis d’agir librement sur des aspects de la réalité qui s’imposaient jusqu’alors à nous comme un destin, l’angoisse de commettre un sacrilège, la peur de sortir de notre nature se sont exprimées de la manière la plus spectaculaire : ainsi quand Galilée ouvrait à la maîtrise d’un univers où les mêmes lois valaient sur la terre comme au ciel ; ou quand Darwin inscrivit l’homme dans la chaîne de l’évolution des espèces ; a fortiori quand, aujourd’hui, le génie génétique, la procréation médicalement assistée, les nanotechnologies nous permettent d’obtenir de la vie biologique des effets dont elle paraissait incapable. Mais si le champ d’application des valeurs s’en trouve élargi, leur signification n’en est pas pour autant automatiquement affaiblie, au contraire. Simplement, nous allons devoir repenser nos normes afin de gérer les potentialités inédites que nous offrent les nouvelles technologies.

Que faut-il faire pour que nous devenions une véritable société de la connaissance ?

Votre question est cruciale, car je pense que la suite de l’histoire humaine va dépendre étroitement de notre rapport à la connaissance. La première chose, si nous voulons que notre société accorde une place éminente à la connaissance, est que cette dernière y soit vivante, vivace même, qu’on la transmette, qu’on la discute sans cesse. Or j’observe que la connaissance scientifique est peu à peu devenue le peu pensé du politique, alors même qu’elle modifie notre façon de vivre plus rapidement et plus profondément que certaines lois votées au parlement. C’est le paradoxe contemporain de la science : cette grande mal connue, qui pourtant bouleverse les existences et marque le monde de son empreinte, est presque en lévitation politique.

Comment changer la donne ? La solution me semble d’abord passer par une éducation de qualité, où les outils permettant d’argumenter et d’avoir des repères scientifiques et techniques essentiels à la réflexion sont prodigués de manière adéquate. Bien sûr, cette mission incombe prioritairement aux enseignants, qui savent transmettre un contenu sans jouer le rôle de gourous. Elle passe également par une ré-érotisation de l’acte de connaître, c’est-à-dire – pour le dire plus prosaïquement - par une meilleure diffusion de la culture scientifique et technique au sein de la société. Chacun doit pouvoir découvrir qu’on peut se faire plaisir avec la science, vibrer grâce à elle, car comprendre aide à mieux ressentir.

Trois ouvrages d'Etienne Klein à lire : "Le Small Bang des nanotechnologies", à paraître le 13 janvier 2011 aux Editions Odile Jacob, mais aussi "Discours sur l'origine de l'univers", Flammarion, 2010 ; et "Les Tactiques de Chronos", Flammarion, 2004.

Propos recueillis par Sophie Péters et Philippe Mabille - 03/01/2011, 06:45






Créé: 12 mai 2012 – Derniers changements: 09 mai 2013