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Un très long et exhaustif exposé de mon livre Le Secret de l'Occident (2007) par un doctorant en histoire, sur le site Temps et Fiction, en août 2010. Ce 1er article sur Temps et Fiction a été suivi d'un 2e en novembre 2010.
Anonyme alias Déréglé Temporel: "Le Secret de l'Occident, un résumé", site Temps et fiction – une porte à travers l'espace, 31 août 2010.
Temps et Fiction: Article 1 (aoû 2010).
Temps et Fiction: Article 2 (nov 2010).


Copie de sûreté de la version internet: sept 10. Document PDF. Source.
Théorie du miracle européen
Cosandey


Le Secret de l’Occident – résumé « Temps et fiction  

Le Secret de l’Occident – résumé

Par Déréglé temporel

Le Secret de l’Occident, vers une théorie générale du progrès scientifique est le livre que j’ai acheté juste avant de partir pour l’Espagne pour avoir une lecture qui traite d’un sujet d’histoire qui ne soit pas mon sujet de thèse. Qu’avons-nous là exactement? Il ne s’agit pas à proprement parler d’un livre sur l’histoire des sciences, puisqu’il ne traite pas vraiment du contenu des idées scientifiques, mais du dynamisme et de l’efficacité des institutions qui produisent ces idées. Il ne s’agit pas tout à fait non plus d’un travail d’historien, en cela qu’on n’assiste pas à un effort de reconstituer le passé à partir des sources de première main. Ce très long essai s’inscrirait plutôt dans un genre qu’on a, avec plus ou moins de bonheur, appelé la « philosophie de l’histoire », qui consiste à interroger le passé tel qu’il est restitué dans les ouvrages proprement historiens et à tenter d’en extraire des règles générales sur le fonctionnement des sociétés humaines. Ici, la question à laquelle on tente de répondre est: pourquoi l’Europe et les sociétés occidentales ont-elles connu un tel succès en matière de progrès scientifique, au point d’avoir laissé loin derrière toutes les autres sociétés du monde?

La réponse de David Cosandey s’articule autour de deux hypothèses.

La première, il l’appelle la théorie méreuporique. La méreuporie est un néologisme qu’il a forgé pour désigner la combinaison des facteurs du dynamisme économique et de la division des états. Pour Cosandey, une bonne mereuporie est une situation où on trouve à l’intérieur d’une civilisation une division en états stables et rivaux, où prospère l’économie. Il s’agit selon lui de la situation idéale pour favoriser l’essor des sciences et des technologies. La compétition entre les états, le financement par l’économie et les échanges qu’elle suscite malgré les rivalités, nourrissent les sciences et leur assure une relative autonomie par rapport à la religion, et renverse le rapport de dépendance entre la science et le politique (dans un état universel, les scientifiques dépendent du bon vouloir des politiques; dans une situation de division politique stable, les politiques dépendent des scientifiques pour assurer leur pérennité).

Une fois établie l’hypothèse méreuporique, Cosandey retourne à la question qui initie son livre: pourquoi l’Europe d’abord? Car si on admet qu’elle a bénéficié plus longtemps d’une bonne méreuporie que les autres civilisations, encore faut-il expliquer pourquoi cette situation s’est créé en Europe et pas ailleurs. Ce à quoi notre auteur réponds par ce qu’il appelle l’hypothèse thalassographique, c’est-à-dire que le dynamisme commercial et la stabilité des frontières sont favorisés par un tracé côtier irrégulier et sinueux, tout en péninsules et en golfes, mettant ainsi tout point d’un ensemble géographique à proximité d’un port, mais aussi protégé des invasions par la mer.

L’organisation du livre suis globalement la démarche intellectuelle de l’auteur. D’abord l’examen et la réfutation des théories traditionnelles. Ensuite l’examen de l’histoire scientifique occidentale pour isoler les périodes de dynamisme et les autres périodes. Examen des institutions productrices des idées scientifiques. Élaboration de la théorie méreuporique. Ensuite, des chapitres sur les civilisations arabe, indienne et chinoise pour mettre la théorie à l’épreuve par l’examen des périodes de prospérité scientifique et la mise en rapport avec la politique et l’économie.

Puis, une fois établie la théorie méreuporique, l’auteur introduit sa thalassographie, prenant le temps de comparer les avantages de chaque continent. Un chapitre introduit une méthode de calcul de la thalassographie, à mon avis la partie la moins intéressante du livre (puisque la différence se voit à l’oeil nu, pourquoi perdre son temps à la chiffrer?).

Dernières étapes, en guise de démonstration de l’universalité du modèle, l’examen à la lumière des théories méreuporique et thassalographique de deux cas: l’époque hellénique et hellénistique d’abord, puis l’Occident et le monde après 1800 (en particulier la guerre froide). Cosandey conclut, avec l’effondrement de l’Union Soviétique et la fin de la guerre froide, à un plafonnement des sciences (ce qui, à première vue, paraît discutable). [plus exactement à un ralentissement]

Enfin, les amateurs de science-fiction apprécieront peut-être que la fin du livre de Cosandey soit consacrée à une réflexion sur l’avenir à la lumière de sa théorie. Ils apprécieront peut-être moins sa conclusion, puisque à son avis, les conditions ne sont pas réunies pour que le monde retrouve un dynamisme scientifique comparable à celui que l’Occident a connu au cours des derniers siècles. La science continuera à progresser, mais lentement. À ses yeux, il y a peu de chances pour qu’elle progresse assez pour nous faire quitter cette planète si les E.T. ne nous rendent pas d’abord visite. J’oserais dire qu’il réjouira davantage les fans de X-Files que ceux de Star Trek.

Il s’agit d’une bonne brique, mais écrite dans un langage très accessible (ne vous laissez pas tromper par la longueur des mots « thalassographie » et « méreuporie », ce sont les seuls mots compliqués du livre, et ils sont expliqués de long en large). J’ai même envisagé inclure ce livre dans ma série des livres pour s’introduire à l’histoire, vu qu’il ratisse très large et sur le très long terme.

Je pars demain pour Madrid. D’ici à ce que je sois bien installé, mes interventions sur le web risquent d’être rares. À bientôt!

6 réponses à “Le Secret de l’Occident – résumé”

  1. Darwin dit :

    «puisque la différence se voit à l’oeil nu, pourquoi perdre son temps à la chiffrer? »

    Je crois utile de mesurer, mais pas d’assommer le lecteur sur la façon géniale utilisée pour parvenir au résultat. Des résultats à l’oeil erronés, j’en ai vu des tonnes… Par contre, dans les études économiques que je lis, et j’en lis beaucoup, je saute toujours la partie des calculs ! La source des données m’importe plus que les calculs, sur ça je leur fais confiance !

    Encore aujourd’hui (bon, hier), j’ai reçu un courriel de l’Institut de la statistique du Québec répondant à un avis d’erreur dans les données que j’ai envoyé il y a une couple de semaines. Cela faisait des mois que l’erreur y était et personne n’avait rien vu. Mais, je suis sûr que les calculs faits avec ces fausses données étaient bons ! Je fais cela environ une fois par mois (pas toujours à l’ISQ, surtout à Statcan) et je suis toujours le premier et le seul à signaler l’erreur ! Je vais arrêter, tu vas penser que c’est Sébas qui écrit !

  2. Darwin dit :

    «Ils apprécieront peut-être moins sa conclusion, puisque à son avis, les conditions ne sont pas réunies pour que le monde retrouve un dynamisme scientifique comparable à celui que l’Occident a connu au cours des derniers siècles. La science continuera à progresser, mais lentement.»

    Je ne connais pas son argumentaire pour en arriver à cette conclusion, mais il est sensé de se demander si la science peut toujours évoluer au rythme des derniers siècles, pour la simple raison qu’il reste probablement moins de choses utilisables qu’il est possible de découvrir.

    Dans le débat sur l’épuisement des ressources, j’entends souvent qu’«ils» découvriront sûrement d’autres sources d’énergie. Encore faudrait-il qu’il y en ait et qu’elles soient exploitables. Pour moi, c’est de la pensée magique.

  3. Déréglé temporel dit :

    « Des résultats à l’oeil erronés, j’en ai vu des tonnes… »

    Je comprends, mais dans ce cas, ça ressemble à quelqu’un qui voudrait prouver que le Kilimandjaro est plus haut que le Mont Saint-Hilaire. Enfin, je suppose qu’il vaut mieux mesurer des évidences que de ne pas mesurer et se tromper. Ce n’est finalement pas bien grave, mais on sautera volontiers la lecture de ce chapitre.

    « Je ne connais pas son argumentaire pour en arriver à cette conclusion, mais il est sensé de se demander si la science peut toujours évoluer au rythme des derniers siècles, pour la simple raison qu’il reste probablement moins de choses utilisables qu’il est possible de découvrir. »

    Il n’entre pas dans ce genre de considérations. Sa démonstration est purement « méreuporique » et géopolitique. L’idée est qu’une bonne méreuporie implique une guerre, ou une possibilité de guerre (comme la guerre froide), mais une guerre qui n’atteigne jamais les centres nerveux des civilisations concernées. L’Europe a eu une bonne méreuporie jusqu’au vingtième siècle, mais les progrès de la science, autrement dit les progrès de l’armement militaire, on rendu insoutenable une guerre à échelle européenne, comme l’ont démontré la première, et surtout la seconde guerre mondiale: toute guerre à cette échelle, avec les armements désormais disponibles, débouche sur des ravages qui atteignent directement les institutions. L’échelle à laquelle pouvait jouer la rivalité s’est donc déplacé au niveau de très grands états (USA et URSS) séparés par une grande distance. Mais avec les missiles intercontinentaux et l’armement nucléaire, il n’est plus possible, selon Cosandey, de faire jouer cet aspect pour stimuler la recherche scientifique.

  4. Darwin dit :

    Merci pour la précision. Je préfère mon argument, moins centré sur les découvertes qui découlent des guerres !

  5. Déréglé temporel dit :

    Le fait que la guerre / les conflits entre nations sont un stimulant pour la recherche scientifique ne peut guère être remis en question, malgré le malaise moral que cela suscite. On mettant l’accent sur ce point, Cosandey ne fait preuve que de pragmatisme. Accessoirement, je trouve divertissante l’ironie qu’il y a à voir les analyse de Cosandey, à travers sa théorie, renverser les perspectives traditionnelles sur différentes époques. Ainsi, pour l’histoire du Japon, il souligne le dynamisme scientifique et artistique de la période de Muromachi (1340-1570), avec sa division politique entre des daimyos rivaux toujours en guerre, et le ralentissement après l’unification du pays par les Tokugawa à la fin du XVIe siècle, alors que l’historiographie tend habituellement à parler de chaos pour la période de Muromachi et d’âge d’or pour la période Tokugawa – ce qui n’est en fait pas contradictoire, puisque ce sont les souvenirs des guerre de celle-là et de la paix de celle-ci qui sont alors prise en compte. Plus « drôle », encore, en soulignant justement l’impasse amenée par l’avènement de l’ère nucléaire, il dit « il y eut bien une lueur d’espoir, dans la deuxième moitié des années 1960, avec l’apparition des missiles antimissiles »… une lueur d’espoir qui a donné des sueurs froides au monde entier!

    Cela étant, ton idée se retrouve un peu dans l’explication qu’il fait de cette impasse. Dans la même page, il dit par exemple que l’impasse est dû au fait que, militairement, « il n’y avait plus rien à « améliorer ». ».

    Cela dit, ton idée d’une « limite » me paraît poser quelques problèmes épistémologiques.
    Séparons d’abord la recherche pure de la technologie.
    Dans le cas de la recherche pure, si nous demeurons dans l’hypothèse d’un univers infini (ou au moins d’une grandeur inatteignable à l’échelle de l’être humain, ce qui revient plus ou moins au même), cela suppose un nombre de découvertes potentielles infini. D’autant plus vrai que nous passons notre temps à raffiner chaque détail.
    En matière de découvertes technologiques, nous pouvons plus aisément envisager l’existence d’un possible (utile) limité. Mais là, paradoxe: cette idée repose sur le fait qu’on ignore quelque chose. Et on ne peut pas savoir ce qu’on ignore avant de le découvrir (et donc de ne plus l’ignorer). À supposer même qu’on connaisse une longue période de stagnation des connaissances, cela ne signifie pas forcément qu’il ne reste plus rien à découvrir. On peut au mieux mettre cette période de stagnation en rapport avec les facteurs stimulants les progrès de la science (et nous entrons alors de plein pied dans la théorie de Cosandey) et dire « si les progrès n’avancent plus malgré une conjonction idéale des conditions pour les susciter, c’est qu’il ne reste plus rien à découvrir »; argument intéressant, mais pas imparable, puisqu’on peut aussi lui opposer la réflexion « si on n’enregistre plus de progrès malgré une conjoncture qui paraît idéale, c’est que les facteurs que nous supposions idéaux ne sont pas les bons ».
    Ce qui nous ramène à la question de la recherche pure. Si on peut supposer dans l’absolu que l’Univers offre un nombre de découvertes potentielles infini, on peut aussi supposer que notre capacité à faire des découvertes est limitée par nos moyens d’observation, donc par notre technologie.

    Je me suis peut-être avancé dans des considérations trop abstraites dans mes réflexions? ;)

  6. Darwin dit :

    «Je me suis peut-être avancé dans des considérations trop abstraites dans mes réflexions?»

    Si oui, nous sommes deux, car j’ai déjà fait le même raisonnement. Tu remarqueras que je n’ai pas écrit qu’il n’y a plus rien à découvrir, mais moins de choses et ai rajouté «utilisables».

    J’ajouterai qu’il n’y a probablement jamais eu autant de gens qui travaillent en recherche en même temps sur la planète, avec des moyens aussi perfectionnés. Malgré cela, la nature a des limites qu’on ne peut pas dépasser.

    La loi de Moore disait que la puissance des microordinateurs doublait à chaque dix-huit mois. Cela s’est avéré pendant des années. Selon wiki, on approche le mur où ce ne sera plus possible (2015) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Moore#.22The_Wall.22 .





Créé: 28 sep 2010 – Derniers changements: 06 mai 2012