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Un interview de moi, par la journaliste Azar Khalatbari, paru à fin novembre 2007 dans le magazine français de vulgarisation scientifique Sciences et Avenir. Interview réalisée à l'occasion de la sortie du Secret de l'Occident en format de poche (2007).
(Sciences et Avenir, Paris, édition papier, décembre 2007, page "Autour d'un livre", p.114).

Copie de la version papier déc 2007. Source. Document PDF (2,1Mb).
Théorie du miracle européen
Cosandey





S'évader     AUTOUR D'UN LIVRE
      ENTRETIEN AVEC  David Cosandey
      "La suprématie
  scientifique n'est
  jamais acquise"


Deux facteurs seulement conditionneraient le développement des sciences:
la prospérité économique et une division politique stable.
Le Secret de l'Occident
Vers une théorie générale du progrès scientifique.
David Cosandey,
Champs Flammarion,
864 p., 15€.

Nouvelle édition mise à jour.





David Cosandey, après des études de physique théorique, travaille dans la gestion du risque financier en Suisse.
Question fondamentale de votre livre: pourquoi la science et l'industrie ont-elles connu une si longue période de développement en Europe ?
Mon hypothèse est que le développement scientifique se nourrit de deux conditions nécessaires et suffisantes : d'une part, la prospérité économique, d'autre part, une division politique stable. Un terme résume à lui seul ces deux aspects: la «méreuporie», du grec meros, «diviser», et euporeos, «être dans l'abondance». On peut dire que l'Occident a réussi parce qu'il a bénéficié à long terme d'une meilleure méreuporie que les autres civilisations : l'Islam, l'Inde et la Chine... Un état de fait qui lui garantit la supériorité industrielle, l'aisance matérielle et le pouvoir politique que l'on sait.
Comment êtes-vous parvenu à cette conclusion ?

J'ai d'abord examiné, à travers les travaux déjà publiés sur le sujet, les hypothèses avancées par mes prédécesseurs pour expliquer la suprématie scientifique de l'Occident : depuis la religion, l'ethnie, jusqu'au hasard, en passant par le climat. J'ai essayé de tester la validité de ces hypothèses sur trois millénaires de développement scientifique au Moyen-Orient, en Inde, en Chine et en Occident. Aucune ne m'a semblé résister à cette épreuve.
L'examen minutieux des différentes périodes m'a en revanche permis de formuler les deux conditions que sont la division politique stable et la prospérité économique. En effet, chaque fois que ces deux conditions se sont trouvées réunies, cela a donné lieu à une avancée des sciences, quelles que soient l'époque et la civilisation. Un exemple parmi d'autres: entre 700 et 200 avant notre ère, la Chine était opulente et partagée en plusieurs royaumes. Elle a alors connu un intense essor techno-scientifique. Avec plus de mille ans d'avance, les Chinois ont inventé l'acier. Puis, entre 200 avant J.-C. à 200 après, l'Empire a mis fin à la division politique stable et ce fut le déclin des sciences. Ce n'est qu'entre 900 et 1300 qu'une autre période prolongée de division stable et de
croissance a vu le jour. Ce qui a déclenché un nouvel épanouissement des sciences, avec notamment le développement de l'algèbre, la cosmologie, et l'invention de la jonque de haute mer équipée de boussoles nautiques.
Qu'est-ce qui a fait durer cette excellente «méreuporie» occidentale ?
Mon hypothèse est que c'est sa configuration géographique qui a favorisé l'Europe occidentale, ce que j'appelle sa «thalassographie articulée». La mer toujours proche a facilité le commerce. En outre, les Etats protégés par davantage de frontières maritimes, comme l'Angleterre et la France, ont pu se consolider et durer. Il en a résulté une division en général plus stable et une économie en moyenne plus florissante qu'ailleurs...
Quelles réflexions vous suggère ce travail ?
Je me suis interrogé sur la question de la spécificité de l'Occident lorsque j'étais adolescent. J'avais alors la passion des cartes géographiques et j'étais un lecteur assidu de livres d'histoire, de philosophie et d'économie. Mais je ne trouvais pas de réponse vraiment satisfaisante à mon interrogation. D'où les dix années passées à élaborer ce travail...
Quant aux réflexions qu'on peut en retirer, il y a tout d'abord le fait qu'une suprématie scientifique, comme celle de l'Occident actuellement, n'est jamais acquise éternellement. Elle va à la région qui réunit le mieux les deux conditions nécessaires. Pendant le bref âge d'or des sciences arabes, l'Occident était plongé dans une période d'ignorance. En outre, cette étude démontre que, pour le développement scientifique, une unification planétaire serait néfaste. Il vaut mieux avoir une concurrence entre plusieurs Etats distincts, même à échelle locale, comme aujourd'hui dans le golfe Persique entre le Bahreïn, le Qatar et les Emirats arabes unis, ou encore avec la Chine, engagée dans une vive concurrence avec l'Inde et le Japon... Et bien sûr, à échelle mondiale, entre l'Union européenne, les Etats-Unis et le Japon.
Propos recueillis par Azar Khalatbari




Créé: 22 déc 2007 – Derniers changements: 28 oct 2012